Conformément aux dispositions réglementaires encadrant la gouvernance des collectivités territoriales, la délégation spéciale de la commune de Diabo a procédé à une journée de redevabilité le samedi 31 mai 2025, à Diabo. Cet exercice citoyen vise à rendre compte de la gestion de la commune au titre de l’année 2024 et à présenter les perspectives pour les années à venir.
La salle de conférence de la mairie de Diabo était bondée de monde, le samedi 31 mai 2025. D’un côté, l’autorité communale avec à sa tête le Président de la délégation spéciale (PDS), Sougrinoma Lazare Guira. De l’autre côté, la population, sortie nombreuse pour être témoin oculaire du bilan de la gestion de la délégation spéciale, qui fait office d’autorité municipale depuis 2022. Dans son allocution, le PDS Guira a rappelé que la journée de redevabilité répond à une exigence réglementaire qui stipule que «le maire rend compte au cours du premier trimestre de chaque année au conseil municipal par un rapport spécial de l’état de la commune». Il a aussi souligné le caractère participatif du processus de décentralisation, laquelle invite la population à être actrice de son propre développement.

De la présentation de la situation d’exécution du budget gestion 2024, l’on retient qu’en termes de fonctionnement de la commune, 174 543 771 F CFA ont été dépensés contre une prévision de 256 564 625 F CFA, soit un taux de réalisation de 68,03%. Quant aux dépenses d’investissement, elles ont englouti la somme de 161 800 370 F CFA contre 282 708 354 F CFA initialement prévus, soit 57,23% de taux de réalisation. La grande satisfaction est venue du côté des recettes propres de la commune où 93 039 337 F CFA ont été recouvrés, dépassant la prévision initiale de 77 687 759 F CFA, soit 119,76% de taux de réalisation.

Au titre des principales réalisations de l’année 2024, on note l’aménagement de 170 km de pistes rurales. A cela s’ajoutent des infrastructures éducatives : construction de salles de classe équipées dans 3 villages ; normalisation des collèges de Zanré, Tangaye et Zonatenga ; etc. Secteur important pour tout développement, celui de la santé n’a pas été oublié à travers l’allocation par l’Etat de « 14 805 830 F CFA pour le fonctionnement des formations sanitaires », concernant entre autres l’achat des médicaments et consommables médicaux, l’entretien du matériel roulant, l’achat de gaz pour chaînes de froid, etc. Sans compter le côté marché, abattoir et foire où 31 boutiques de rue ont été construites. Avec à la clé, une dotation d’équipements d’une valeur de 2 215 000F à la Radio de la commune. Se voulant exhaustive, la délégation spéciale a affirmé que sur les questions d’eau, hygiène et assainissement, l’on enregistre la réalisation de 630 latrines finies et semi-finies, 20 postes d’eau autonome, etc. Des réalisations qui sont à mettre en partie à l’actif des partenaires financiers et techniques que n’a pas manqué de remercier le premier responsable de la commune, M. Guira ; lequel a souligné que ces réalisations ont été limitées par des contraintes liées à l’insécurité, l’incivisme fiscal, etc.

En matière de perspectives, plusieurs projets structurants ont été annoncés, notamment la construction de 37 boutiques de rue ; la construction et l’équipement de salles de classe, l’aménagement de bas-fonds dans 4 villages, la réalisation de points d’adduction d’eau potable, l’acquisition de combat au profit des volontaires pour la défense de la patrie, etc. Le PDS Guira est également revenu sur la situation préoccupante de la radio locale « La Voix de Diabo », dont le directeur assure actuellement les fonctions de premier vice-président de la délégation spéciale de la commune voisine de Diapangou. Cette situation a entraîné un dysfonctionnement dans la gestion de la radio, suscitant des retours critiques. Toutefois, des efforts sont en cours pour redresser la situation. « Le Conseil supérieur de la communication nous a écoutés à Ouagadougou et nous a prodigué des conseils. Nous avons déjà investi plus de deux millions de F CFA pour réhabiliter les locaux », a rassuré le PDS.

«Il faut renforcer la sécurité, sinon c’est la faim qui nous tuera»
Après la présentation des bilans d’activités, un dialogue franc et sans détour s’est engagé entre les citoyens et les autorités locales, dans une atmosphère empreinte de responsabilité et d’urgence sociale. Une occasion que les populations ont saisie pour faire entendre leur voix. La question brûlante de l’insécurité et de son corollaire humanitaire a surtout dominé les échanges. A ce jour, la commune enregistre 12 217 déplacés internes logés dans des familles d’accueil. «Avec la saison pluvieuse qui s’installe, les déplacés reviennent dans les villages, mais l’insécurité persiste. Il faut renforcer la sécurité, sinon c’est la faim qui nous tuera», a lancé Rasmané Diapa, visiblement préoccupé par la détresse croissante des communautés rurales. Il a insisté sur la nécessité d’un déploiement plus conséquent des forces de défense et de sécurité, et d’un appui à l’hébergement des déplacés, désormais exposés aux intempéries. Aussi, l’arrivée massive des déplacés internes dans la commune accentue les pressions sur les ressources existantes, notamment l’accès à l’eau potable. Les citoyens ont plaidé pour la création urgente de nouveaux points d’eau, tant dans les villages qu’au centre de Diabo.

Perçue comme un facteur de risque sécuritaire, la dégradation accélérée des routes par les camions transportant des agrégats s’est invitée dans les échanges. « À 3h du matin, on entend le bruit des camions. Si une attaque se produit, on pourrait croire que ce sont eux…», s’est alarmé Rasmané Diapa. En réponse, tout en informant l’existence d’une régulation dans ce domaine de transport, le PDS Guira a affirmé : «A chaque fois que vous verrez un comportement qui peut contribuer à dégrader la route, tenez-nous en informé», rappelant que l’autorité seule ne peut pas tout faire sans la participation des citoyens. Certains ont aussi suggéré l’interdiction pure et simple de la circulation des camions trop lourds sur les routes locales. «Des routes construites, il y a seulement un an, sont déjà impraticables. Les taxes sont dérisoires comparées aux dégâts causés. Il faut revoir la tarification en fonction du type de véhicule », a martelé Toussaint Kiéma. Fait notable, la présence des vendeuses de dolo à la cérémonie de redevabilité a suscité des interrogations. Pour le PDS Guira, leur participation est légitime : les intéressées contribuent aussi à l’essor économique local. Cependant, a-t-il conseillé, dans ce contexte d’insécurité, « Je les invite à plus de vigilance. Des individus mal intentionnés peuvent chercher à recueillir des informations sensibles dans les cabarets ». Le même appel à la prudence a été lancé à l’endroit des tenanciers de restaurants et débits de boissons. D’une manière générale, les dolotières ont plaidé pour une baisse du coût d’acquisition du bois servant à préparer le dolo. Aussi, l’eau se raréfiant avec l’arrivée massive des déplacés internes, elles ont demandé aux autorités locales que des efforts soient fournis pour rendre disponible la ressource eau.

«Sans la femme, le monde n’existerait pas. Il faut l’inclure dans les prises de décision. Elle peut proposer des solutions durables»
Pour sa part, Thérésina Yoni a tenu à rappeler le rôle central des femmes dans le développement des nations : «Sans la femme, le monde n’existerait pas. Il faut l’inclure dans les prises de décision. Elle souffre, mais elle peut aussi proposer des solutions durables». A l’en croire, autant la femme peut construire une nation, autant elle peut la détruire. Puis, Issouf Diallo a alerté sur l’insuffisance de personnel au dépôt pharmaceutique du centre médical de Diabo. « Il n’y a que deux gérants. Or, on ne choisit pas l’heure à laquelle on tombe malade. Les déplacés n’ont pas les moyens d’aller dans une pharmacie privée. Il faut renforcer l’équipe», a-t-il plaidé. A sa suite, Ali Singbéogo a informé que le sable, objet de ramassage par les camions, divise bien des communautés et a suggéré qu’un comité spécial soit affecté à cette question.

Enfin, le secrétaire général de la délégation spéciale de la commune de Diabo, Boureima Ouédraogo, dans un tout autre registre, a tenu à faire œuvre de pédagogie sur la question de l’impôt. Face aux incompréhensions de certains citoyens, il a rappelé que l’impôt n’est pas une réminiscence coloniale, mais bien «une contribution citoyenne au développement de la commune et du pays». En somme, cette journée d’échange aura permis aux autorités communales de prendre le pouls des réalités vécues par leurs administrés. Elle aura aussi été une occasion de renforcement du dialogue entre les deux parties, tout en jetant les bases d’une gouvernance locale inclusive et responsable. Si l’exercice de redevabilité a été bien salué par la population, les attentes de celle-ci demeurent nombreuses et pressantes.
Léon YOUGBARÉ
Article publié dans la parution du 15 juin au 14 juillet 2025 du journal La Nation en marche

