Le credo de Isidore Gnatan Kini, fondateur de l’université Aube nouvelle, est de faire de celle-ci une référence mondiale

Rien a priori ne prédisposait le président directeur fondateur de l’université Aube nouvelle, Isidore Gnatan Kini, à la réussite qui est la sienne aujourd’hui. Suspendu en 1979 de sa faculté de math et de physique à l’université de Ouagadougou, car considéré comme l’un des meneurs de grève, puis interdit de passer tout concours de la Fonction publique sauf celui organisé par le ministère de l’Education nationale, et enfin envoyé comme instituteur dans un village, tous les ingrédients étaient réunis pour qu’il ait un parcours différent du sien. Il refuse de rejoindre le poste d’affectation et est admis sur titre à l’institut national polytechnique Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire. Mais son ministre de tutelle refuse de valider l’admission. Il en faut plus pour décourager l’étudiant rejetant tout esprit de défaite depuis le lycée où il n’admettait pas être battu au sprint.

Comme pied de nez au ministre, il est admis à l’institut national supérieur d’enseignement technique d’Abidjan. L’admission n’exigeant aucun préalable, l’enfant du village de Madou (commune de Boromo, province des Balé) né en 1955 embarque alors pour Abidjan, avec 50 000F CFA en poche offerts par ses parents. Profitant de la faiblesse du système de contrôle, il passe 3 années en cité sans payer le moindre centime. Survivant au campus grâce à l’aide en tickets de restauration de ses camarades, il se contente plusieurs fois d’un morceau de galette et d’un bol de jus de gingembre pour passer la nuit. Quand le président Houphouët Boigny fait fermer l’institut suite à la grève des enseignants, l’étudiant perd sa chambre, le contrôle de la cité étant devenu rigoureux à la réouverture. Commence un chemin de croix marqué par l’instabilité et la précarité de logements successifs où il dort parfois sur une natte. C’est dans ces conditions que le futur fondateur d’ISIG International termine ses études, diplôme d’ingénieur en électronique et maintenance informatique en poche. Avant de se spécialiser à Grenoble en France.

L’entrée dans la vie professionnelle est aussi semée d’embûches. Admis au concours de pilote de ligne Air Afrique, il est envoyé à Paris et déclaré apte après la visite médicale. Malgré tout, il est expulsé et renvoyé à Abidjan où il poursuit toujours ses études. S’il obtient un second billet d’avion pour se rendre à Paris, l’ordre est mystérieusement donné de ne pas le laisser composer pour le processus de sélection. A l’entreprise Rank Xerox, où 3 postes étaient disponibles, il vit le même calvaire après qu’on lui a assuré que le poste d’ingénieur au Niger lui revient. C’est finalement à l’entreprise Tonfack Téléphone – à Abidjan – qu’il est recruté. Le retour au pays en 1988 est convivial parmi les siens qu’il retrouve après des années.

Le credo de Isidore Gnatan Kini, fondateur de l’université Aube nouvelle, est de faire de celle-ci une référence mondiale

Quand il retourne à Abidjan, c’est pour démissionner, en octobre 1988. Pas même la promesse de l’entreprise de doubler son salaire le retiendra, ayant déjà pris les précautions de se faire recruter à IBM (firme américaine spécialisée en informatique) au Burkina. Deux ans plus tard, soit fin juillet 1990, l’ingénieur démissionne d’IBM et fonde en octobre de la même année, Impulsion maintenance informatique ; société spécialisée dans la maintenance informatique qui deviendra le bras financier de ISIG International qu’il crée en 1992. Et qui deviendra 20 ans plus tard, en 2012, l’actuelle université Aube nouvelle composée à la fois de ISIG International et de 4 unités de formation et de recherche allant des sciences économiques à celles juridiques en passant par celles de langues et autres, à Ouaga et à Bobo Dioulasso.

Pétri de fighting spirit, il est confronté à de nouvelles difficultés, notamment dès le début du projet ISIG. « Quand j’ai introduit ma demande d’autorisation d’ouverture d’ISIG International au ministère, deux camps se sont constitués : l’un pour soutenir mon initiative et l’autre pour la rejeter », confie-t-il. Si pour ses détracteurs, les conditions ne sont pas encore réunies pour ouvrir l’enseignement supérieur au privé, le fils de paysan qui a déjà vu des vertes et des pas mûres, y croit mordicus. Et ce n’est ni l’épisode de sa banderole de publicité arrachée, ni celui du communiqué tendant à le présenter comme un fugitif – pour le discréditer aux yeux des parents d’étudiants – qui vont l’intimider et l’amener à baisser les bras.

L’épopée Kini ne s’arrête pas là

Résilient, il finit par obtenir un an après, soit en octobre 1992, la signature de l’agrément d’ouverture d’ISIG. Mais son banquier rencontré pour solliciter un prêt de 2 000 000 de F CFA l’éconduit en le conseillant d’aller encaisser 50% des frais de scolarité des 30 inscrits qu’il compte avoir. Imaginatif, il trouve la parade en s’attachant les services d’un menuisier béninois qui accepte de lui confectionner les tables et les chaises avec une petite somme d’avance. « Et j’ai payé le reste par la suite. Voilà donc comment j’ai pu équiper le local que j’ai loué à Zogona à l’époque », soutient-il. Puis, intervient en 1994, lors d’un colloque de la Banque mondiale à Ouahigouya, l’épisode de la motion visant la fermeture d’ISIG International. « Après moult discussions, on est passé au vote et les gens ont rejeté la motion. Et ISIG a survécu », se souvient-il.

Mais l’épopée Kini ne s’arrête pas là. Misant sur la rigueur de l’enseignement et désireux de prouver sa crédibilité, il fait superviser ISIG pendant 5 ans par l’université de Ouagadougou. « Celle-ci étant réticente à supporter les charges des examens à organiser, le ministre Mélégué Traoré a pris un arrêté portant création et organisation des examens de BTS au Burkina. Puis, il a instruit le recteur de l’université d’organiser ces examens. Mes ennuis ont donc été à l’origine de la création du BTS au Burkina », relate Isidore Kini dans son livre « Ma vision de l’entreprise : pas à pas ».

Emancipé de la tutelle de l’université de Ouagadougou et porté par l’audace, l’homme qui a créé ISIG International avec une trentaine d’étudiants et 9 ordinateurs, va à la conquête du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) en 1997. « C’était une révolution au CAMES de voir un privé venir demander d’être évalué. Aujourd’hui membre du CAMES, nous sommes devenus université Aube nouvelle depuis 2012 avec des étudiants d’une vingtaine de nationalités », explique l’homme de foi dont la structure investit en moyenne, 100 millions de F CFA par an pour faire venir des professeurs d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie afin de parfaire la formation de ses étudiants. Rappelant qu’il doit son succès au Seigneur, le chef d’entreprise qui est aussi pasteur et s’est contenté pendant longtemps de sa moto P50, n’oublie pas de préciser qu’il a donné sa vie au Seigneur « en avril 1990 et sa (Seigneur) réaction fut extraordinaire ».

Ici le 15 septembre 2020, le ministre de l’Agriculture d’alors, Salifou Ouédraogo (extrême gauche), accompagné de sa suite, visite au village de Madou, le champ d’une superficie de 155 ha de Isidore Kini en présence de ce dernier (extrême droite, en lunette)

Avec cette foi en Dieu mise au service de ses affaires, l’homme qui détient sa rigueur et sa force de conviction de 4 de ses professeurs de lycée et d’université à Abidjan, a une sainte horreur pour les combines qu’il n’accepte pas ou du moins, ne badine pas avec ce qu’il appelle orthodoxie financière. Comme l’illustrent ces scènes où sa conscience chrétienne le conduit à restituer 4 000 000 de F CFA surfacturés et aussi à aller corriger aux services de douane, une déclaration de ses « produits » qu’il estime sous-évalués, pour ainsi payer plus de frais de douane à la grande surprise des douaniers.

« Si on avait 100 Kini au Burkina, on atteindrait l’autosuffisance alimentaire»

Homme social et généreux, c’est 50 bourses d’études qu’il octroie chaque année. Sans compter bien d’autres contributions au titre de la responsabilité sociale des entreprises. 2e d’une fratrie de 7 enfants très tôt initiée aux activités champêtres, son enfance et adolescence passées dans les champs au village de Madou ont nourri sa passion pour l’agriculture ; laquelle est restée intacte. En témoignent ses 155 ha de champ de maïs à Madou, ses dizaines d’hectares de champ à Koubri et Ziniaré (dans le Plateau central) labourés par des tracteurs, et dont les récoltes – 400 tonnes produites en 2020 à Madou – sont vendues à prix social. « Il pose beaucoup d’actes relevant du social, à commencer par les bourses d’études octroyées aux étudiants. Aussi, il nous offre son maïs à un prix très social », commente un agent de l’université Aube Nouvelle qui applique le système Licence-Master-Doctorat (LMD) depuis l’année universitaire 2006-2007.

Marié, père de famille d’un enfant et riche en imaginations fertiles, le fils de Madou met les bouchées doubles pour installer bientôt au Burkina des unités de transformation de son maïs afin de mettre à la disposition des ménages burkinabè, de la farine de maïs. Probablement à un coût social conformément à la vocation sociale et humaniste de ce modèle de réussite qui se dit en mission au service de la jeunesse africaine et dont les œuvres ont créé 200 emplois permanents. Avec une contribution annuelle à l’économie nationale de plus de 250 millions de F CFA en termes d’impôts et taxes payés. Saluant les efforts de l’entrepreneur Kini dans le monde agricole, l’ancien ministre de l’Agriculture, Salifou Ouédraogo, a affirmé ceci en 2020 : « Si on avait 100 Kini au Burkina Faso, on atteindrait l’autosuffisance alimentaire». En attendant et malgré son âge (70 ans), le fondateur de Aube nouvelle s’investit dans un nouveau chantier, notamment la construction à Ouagadougou de l’hôpital de son université ; lequel devra permettre à ses futurs étudiants en médecine de bénéficier des connaissances pratiques pour sortir compétitifs sur le marché après leur thèse de doctorat. Bref, l’épopée Kini, pionnier dans l’enseignement supérieur privé au Burkina, est la preuve concrète que l’on peut naître de parents modestes et réussir à se hisser au sommet de l’échelle sociale.

Adama KABORÉ

Portrait publié dans le journal La Nation en marche, du 15 mai au 14 juin 2025

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