Ancien Premier ministre du Tchad et président du parti Les Transformateurs, Succès Masra a été arrêté, ce 16 mai 2025, à l’aube à son domicile à N’Djamena. Triste épisode de la vie politique d’un jeune opposant perçu au départ comme symbole du renouveau de la classe politique tchadienne, mais qui aura par la suite déchanté bien des observateurs de la scène politique tchadienne.
Tout serait parti d’un affrontement intervenu le 14 mai 2025 à Mandakaou dans le Logone occidental. A en croire le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de N’Djaména, Oumar Mahamat Kedelaye, cité par nos confrères de Tchad infos, l’ancien Premier ministre serait impliqué dans l’affrontement ayant opposé des paysans autochtones à des éleveurs peulhs; lequel aurait fait 42 morts et 76 cases incendiées. À l’origine de l’affrontement, un espace disputé par les deux protagonistes. Des enquêtes de la Police judiciaire, révèle le procureur, « Des messages ont été diffusés notamment sur les réseaux sociaux, appelant la population à s’armer contre d’autres citoyens ».
Avant de préciser que Masra est incriminé dans un message audio. Cette situation, soutient le procureur, a « incité la population contre une communauté résidant dans la même localité ». Pour le procureur, il s’agit d’« actes graves constitutifs d’incitation à la haine, à la révolte, des bandes armées, de complicité d’assassinat, d’incendie volontaire et de profanation des sépultures ». Il a poursuivi en affirmant que « l’action publique étant déclenchée, la procédure judiciaire suit son cours et toutes les personnes impliquées devront répondre de leurs actes conformément aux lois de la République ».
Comme on pouvait l’imaginer, du côté des partisans de Masra, c’est la libération immédiate et sans condition qui est exigée. Prudence oblige ! Sinon, si au terme de la procédure judiciaire, l’implication de Masra venait à être prouvée et sa culpabilité établie, l’homme politique aura thahi pour la énième fois la confiance placée en lui par tout un pan de la jeunesse africaine. Les cadavres du 20 octobre 2022 de la lutte de l’Opposition qu’il a enjambées, pour rejoindre la primature, sont encore si fraîches dans la mémoire collective africaine qu’il n’a pas besoin de cette contre-publicité qui résonne comme un coup de grâce dans sa vie politique. Sans oublier que son cas apportera du grain au moulin de tous ceux qui sont réfractaires à l’idée de confier les plus responsabilités aux jeunes.
En attendant, avec la présomption d’innocence qu’il bénéficie, il faut attendre de voir ce que nous réserve la suite de cette affaire qui semble rocambolesque et qu’il ne serait pas imprudent de prendre avec des pincettes; la scène politique étant connue pour être un véritable panier de crabes où l’on rivalise parfois de malice pour abattre politiquement l’adversaire gênant. Bref, le cas Masra est un cas atypique !
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