Gérants et caissiers des dépôts pharmaceutiques du Burkina : L’AG des leaders appelle à la reconnaissance des « VDP de la santé »

Le 8 février 2025, s’est tenue à Boromo, chef-lieu de la province des Balé, l’Assemblée générale (AG) des leaders de l’Union des gérants et caissiers des dépôts pharmaceutiques du Burkina. Placée sous le thème « Quels défis pour les gérants et caissiers des dépôts pharmaceutiques, des VDP depuis des décennies au service de la nation ? », l’AG a mobilisé les leaders de l’association éparpillés dans les 4 coins du Burkina qui ont effectué le déplacement de Boromo pour la cause. A l’occasion, ces leaders ont fait le bilan des activités menées sur la période 2021-2025, décrit la situation actuelle de leurs compères et envisagé les perspectives.

Portée sur les fonts baptismaux le 12 septembre 2020, l’Union entend servir d’instrument de défense des intérêts matériels et moraux de ses membres œuvrant sur le territoire national à travers les districts sanitaires. Ainsi, servir de cadre pour une collaboration étroite et une solidarité permanente entre les membres dans le but d’améliorer leurs conditions de vie et de travail, favoriser et organiser une action commune et concertée entre les membres au niveau national, servir de cadre de partage des expériences, etc., sont entre autres les principaux objectifs poursuivis par l’Union, à en croire le rapport moral lu par le présidium de l’AG.

Le médecin-chef du district de Boromo, Dr Hippolyte Bouda (3e à partir de la gauche), posant avec le présidium de l’AG composé notamment du président de l’Union, Ousmane Boly (2e à partir de la gauche)

Rappelant les stratégies d’action de l’Union, la rencontre de Boromo a cité l’action à but constructif, le dialogue et le plaidoyer avec la tutelle, la sensibilisation et les sorties de terrain. Ces stratégies ont permis de mener sur la période 2021-2025, des activités dont entre autres, des assemblées générales et réunions du bureau exécutif, des audiences et séances de travail, des ateliers, des sorties-terrain et actions de solidarité.

Détaillant le contenu de ces activités, le président de l’Union, Ousmane Boly, a noté l’élaboration de procès-verbaux et rapports, la conception d’un logiciel de gestion, la publication dans plusieurs quotidiens d’information d’une lettre ouverte, le recensement des agents communautaires par l’Agence nationale de gestion des soins de santé primaires, celui des gérants des dépôts de médicaments essentiels génériques par la direction générale de l’approvisionnement pharmaceutique, le recensement des membres de l’Union par le ministère de la Fonction publique, la proposition d’intégration du corps gérants et caissiers dans le Répertoire inter-métiers des emplois de l’Etat (RIME), etc. Au titre des audiences avec les autorités, l’on note les rencontres avec le ministre de la Santé, Lucien Kargougou, l’ex-ministre de la Fonction publique, Bassolma Bazié, et le directeur de cabinet du président du Faso, Anderson Médah. Sans oublier la participation à l’atelier de réflexion sur la gestion des acteurs communautaires dans les formations sanitaires publiques. Et les sorties-terrain dans plusieurs localités du pays : Manga, Tougouri, Sindou, Fada N’Gourma, Dano, Yako, Dori, Séguénèga, Houndé…

« Depuis 1995, nous sommes des VDP de la santé non reconnus comme tel », a fulminé Sylvie Somé du district sanitaire de Dano

Au bilan, les efforts fournis n’ont pas encore produit les effets escomptés au regard de la situation actuelle, telle que dépeinte par les participants à l’AG. De l’avis de M. Boly qui cite le rapport moral de l’Union présenté à l’AG, « la majeure partie des membres ne bénéficie pas d’un statut professionnel et social qui réponde aux normes de la règlementation du travail au Burkina Faso ». Et passant au peigne fin les conditions de travail des membres de l’Union, les leaders ont déploré une « tendance à la non-fonctionnalité des comités de gestion ». Avant d’égrener ce chapelet : « L’absence de contrat de travail après plus d’une vingtaine d’années de travail pour certains, la confusion dans la gestion des gérants et caissiers entre les comités et les infirmiers chefs de poste, la faiblesse des salaires (écarts entre salaires, la quasi-totalité en-dessous du SMIG), l’absence de plan de carrière (avancement, augmentations de salaires), les suspensions et licenciements abusifs, l’absence de sécurité sociale, le non accès à certains droits (limitation du nombre d’heures de travail, congés)».

« Si un gérant observe une heure de retard au service, on ne pourra pas compter le nombre de morts à l’hôpital »

C’est pourquoi ils se considèrent comme des Volontaires de défense de la patrie (VDP) – dans le domaine de la santé – depuis des décennies, ont-ils justifié la pertinence du choix du thème de l’AG. « Nous sommes comme les VDP au front au regard de ce que nous abattons comme travail nuit et jour. Sans les gérants, les services de santé ne sont rien. Si un gérant observe une heure de retard au service, on ne pourra pas compter le nombre de morts à l’hôpital», a soutenu Sylvie Somé du district sanitaire de Dano. A leur tour, Moumouni Savadogo de Séguénéga dans le Yatenga, André Sawadogo de Kongoussi, Kaboué Gnawèrè de Houndé, Viviane Koussoubé/Ouédraogo du district de Sig-noguin (Ouagadougou), Moumouni Yanogo du Kadiogo et aussi le leader de Nanoro ont embouché la même trompette. De son côté, Siako Kam de Léna a renchéri en lançant un appel à actualiser le contenu de l’initiative de Bamako pour tenir compte de l’évolution. Car, argue-t-il, « Aucune formation sanitaire ne peut fonctionner sans l’existence de dépôt. Et qui parle de dépôt, parle de gérant. Nous sommes les acteurs principaux du système de santé. Je ne peux pas admettre qu’on soit marginalisé sous prétexte que l’initiative de Bamako nous pénalise. Il y a des textes qui datent des années 60 et qui ont été modifiés. Pourquoi le nôtre ne peut-il pas être modifié ? ».

Les participants ont suivi avec attention les débats

Par ailleurs, pour que l’AG apporte une plus-value aux actions en cours menées par le département de tutelle, les leaders ont formulé des recommandations parmi lesquelles, l’élaboration d’une convention collective des gérants et caissiers, la signature de contrats de travail pour l’ensemble des gérants et caissiers répertoriés en se référant à la convention collective, la constatation et correction des préjudices subis avec des incidences financières s’il y a lieu, l’affiliation des gérants et caissiers répertoriés à la sécurité sociale, le versement régulier des cotisations sociales de ceux déjà affiliés, le soutien à l’élaboration du répertoire des gérants et caissiers au niveau national. Aussi, pour le fonctionnement adéquat des comités de gestion, ont suggéré les leaders, « il est nécessaire de doter les comités de statuts adaptés à l’environnement actuel, d’élaborer et opérationnaliser un manuel de procédures administratives et financières des comités, de clarifier le lien fonctionnel entre la tutelle et les comités, d’assurer le suivi régulier des activités de ceux-ci, de mettre en place un cadre de concertations et d’échanges entre les différents acteurs impliqués dans la réponse à l’amélioration des conditions de vie et de travail des gérants et caissiers».

Une vue du présidium de l’Assemblée générale

Le médecin-chef du district sanitaire de Boromo « souhaite que le ministère de la Santé puisse trouver des issues favorables»

Enfin, le président du comité d’organisation de l’AG, Adama Ouédraogo, a salué le choix porté sur sa province pour accueillir l’activité dans le cadre de l’organisation tournante. Aussi, fait-il savoir, « Sur le territoire national, il y a 70 districts sanitaires dont chacun est représenté par 2 membres comme leaders » qui sont les premiers responsables des membres de leur district. Ce sont donc les premiers responsables de ces districts qui se sont retrouvés à Boromo. Ainsi, c’est au médecin-chef du district de Boromo, Dr Hippolyte Bouda, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir les travaux de l’AG après avoir salué les efforts des gérants et caissiers. « Nous sommes très touchés que cette Assemblée générale se tienne ici à Boromo. Cela témoigne de votre engagement, de votre façon de bien faire afin que vous puissiez avoir les compétences pour pouvoir montrer aux yeux du monde que vous abattez un travail remarquable », a-t-il affirmé.

« Il revient au gouvernement de miser sur les gérants, parce que le système de santé est basé sur les gérants », foi de Siako Kam de Lèna

Puis, reconnaissant la « noblesse du combat », il a souligné qu’« en tant qu’administratif, c’est des aspects techniques que nous évoquons de plus en plus dans nos rapports statutaires ». Avant de souhaiter longue vie à la « collaboration » avec les vis-à-vis et de former le vœu que « dans quelques années, le ministère de la Santé puisse trouver des issues favorables pour les gérants du Burkina ».

Adama KABORÉ

Article publié le 15 février 2025 dans le numéro 30 du journal La Nation en marche 

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