Le gouvernement burkinabè, à travers une circulaire du 28 janvier 2025, a annoncé la suspension du processus de transfert des ressources financières de l’État aux collectivités territoriales. Cette décision, issue de la loi de finances 2025, marque un tournant majeur dans la gestion des finances locales. Si elle est appliquée, elle entraînera un manque crucial de ressources pour ces entités, dont la majorité dépend fortement des dotations de l’État pour financer leurs plans de développement. Les collectivités territoriales jouent un rôle essentiel dans le développement local à travers la mise en œuvre de projets structurants touchant divers secteurs : infrastructures, éducation, santé, agriculture, assainissement, etc. Cependant, leur dépendance quasi exclusive aux ressources transférées par l’État les expose à une vulnérabilité financière extrême en cas de suspension ou de réduction de ces transferts. Or, la majorité des premiers responsables des communes et régions ne disposent pas de compétences en matière de mobilisation de ressources alternatives. Pourtant, il existe de nombreuses opportunités de financement, tant au niveau national qu’international, qui pourraient être exploitées pour assurer la continuité des actions de développement local.
Plusieurs bailleurs de fonds, ONG, organisations intergouvernementales (OIG), ambassades et fondations disposent de lignes budgétaires dédiées parfois à l’accompagnement du développement local. Cependant, l’accès à ces fonds requiert :
Une approche proactive : les autorités communales doivent renforcer leurs capacités en matière de plaidoyer, de réseautage et de gestion des partenariats ;
L’élaboration de projets bancables : les bailleurs exigent des projets structurés, alignés sur leurs priorités stratégiques et présentant des indicateurs de suivi et d’impact clairs ;
Une bonne gouvernance locale : la transparence dans la gestion des fonds et la capacité à produire des rapports conformes aux exigences des partenaires sont des critères clés pour accéder aux financements externes.
Il est impératif que les élus locaux s’engagent dans un processus de renforcement de leurs compétences en matière de montage et de gestion de projets afin de capter ces financements. Parallèlement aux financements externes, les collectivités territoriales doivent également optimiser la mobilisation de leurs ressources propres. Plusieurs mécanismes peuvent être renforcés ou mis en place :
Le renforcement des capacités des polices municipales : dans de nombreuses communes, l’absence de polices municipales rend difficile la perception des taxes et impôts locaux. Leur mise en place permettrait d’assurer un meilleur recouvrement ;
L’optimisation de la fiscalité locale : taxes sur le foncier, la voirie, le marché, les activités économiques locales… Des stratégies innovantes doivent être mises en place pour améliorer la collecte des recettes propres ;
La valorisation des potentialités économiques locales : certaines collectivités disposent de ressources naturelles, agricoles ou touristiques sous-exploitées. La mise en place de Partenariats public-privé (PPP) pourrait favoriser leur valorisation économique ;
La participation citoyenne et le financement communautaire : les citoyens et acteurs économiques locaux doivent être impliqués à travers des initiatives de financement participatif ou de partenariat pour le développement.
Former les élus et cadres locaux : une nécessité urgente
Face à cette nouvelle donne, il est impératif que les élus locaux et les gestionnaires des collectivités soient formés aux techniques de mobilisation des ressources internes et externes. Des sessions de renforcement des capacités devraient être initiées sur : l’identification des opportunités de financement international, le montage de projets conformes aux exigences des bailleurs, la gestion efficace des ressources financières locales, le plaidoyer et le réseautage stratégique pour la recherche de financements.
Les collectivités territoriales doivent impérativement sortir de leur dépendance vis-à-vis de l’État et adopter une posture proactive. C’est une belle opportunité pour transformer cette contrainte en opportunité. La suspension des transferts financiers aux collectivités territoriales est un défi majeur, mais elle peut également être une opportunité pour repenser la gouvernance locale et renforcer les mécanismes de mobilisation des ressources.
Le gouvernement, les associations des collectivités territoriales et les institutions de formation doivent accompagner cette transition en dotant les élus et cadres locaux des compétences nécessaires pour assurer la pérennité du développement local. Le développement des communes et régions ne saurait être durablement tributaire des seules ressources de l’État. Il est temps pour les collectivités territoriales de prendre en main leur avenir financier en explorant de nouvelles stratégies de mobilisation de ressources.
Frédéric TINDANO
Article publié le 15 février 2025 dans le numéro 30 du journal La Nation en marche

