Dans cette nouvelle rubrique titrée « L’homme du mois », nous jetons notre dévolu sur le nouveau Premier ministre (PM), Jean-Emmanuel Rimtalba Ouédraogo, qui a pris officiellement fonction le 9 décembre 2024. Depuis lors, l’ancien ministre de la Communication et de la culture est omniprésent sur la scène publique. Entre prises de contact, nominations de proches collaborateurs, déclaration de politique générale, mission à l’étranger, galvanisation des troupes, remise de matériels sanitaires, etc., c’est véritablement un PM qui veut imprimer sa marque dès ses débuts qu’il est donné de voir.
Dans notre analyse titrée « Transition au Burkina : Le triumvirat magique du président Traoré » publiée dans notre parution du 15 août 2024, outre Apollinaire Kyélem et Bassolma Bazié, nous présentions l’ancien ministre Emmanuel Ouédraogo comme l’un des maillons dudit triumvirat. Sa nomination le 7 décembre 2024, suite au remaniement ministériel, au poste de PM aura achevé de confirmer la pertinence de notre analyse. Propulsé à une fonction plus haute que celle précédente, son entrée en lice dans ses responsabilités de Premier ministre s’est faite sous les chapeaux de roue en droite ligne de la trajectoire tracée par le président Ibrahim Traoré qui annonçait dès sa prise de fonction en octobre 2022, que « Tout est urgent » et qu’« il faut aller vite ». Le baptême du feu du nouveau PM, c’est la représentation du président du Faso à la cérémonie de remise des premiers lingots d’or, dès le lendemain de son installation, soit le 10 décembre. S’ensuivent, le 16 décembre, des échanges avec les responsables des structures centrales, rattachées et de mission de la primature. Et aussi des visites de courtoisie à la fédération des églises et missions évangéliques, sans oublier celle des associations islamiques du Burkina. C’est la journée de prise de contact tous azimuts.

Puis, vient le 1er conseil des ministres de son gouvernement tenu le 18 décembre. Le PM Ouédraogo y annonce la couleur en procédant au ménage de son équipe : ses anciens directeurs de cabinet et de communication (Mamadou Dembélé et Pogdnaba Christian Zongo) qui ont contribué à ses empreintes indélébiles laissées au département de la communication et de la culture, sont appelés à l’accompagner à la primature ce, aux mêmes fonctions. C’est acté ! La primature sera pilotée avec certains des anciens hommes de confiance dont on ne perd pas le temps pour procéder à l’installation intervenue, le 20 décembre 2024. Sans doute, devraient-ils jouer leur partition pour la réussite de la déclaration de politique générale faite le 27 décembre – soit 18 jours seulement après la prise de fonction du PM – à l’assemblée législative de transition, conformément aux dispositions de l’article 63 de la Constitution qui fixe ce délai à 30 jours après la nomination. C’est le grand déballage des grands axes de sa trajectoire politique déclinée en 8 points avec à la clé, l’onction des députés obtenue. Mission accomplie et le cœur est désormais léger pour s’envoler le lendemain, 28 décembre 2024, à Niamey au Niger. Jusqu’au 30 décembre, il y participe à la finale de la 45e édition du Sabre national du Niger (championnat national de lutte traditionnelle) et à la concertation entre les 3 Premiers ministres de la confédération des Etats du Sahel sur la mise en œuvre de la feuille de route de la confédération.
Une véritable obsession à la libération du pays

Le retour à Ouaga est aussi sans répit à travers notamment une journée marathon, le 31 décembre. Après avoir présidé la 4e session ordinaire de l’année du conseil d’orientation du fonds de soutien patriotique et remis de la logistique roulante et du matériel sanitaire d’une valeur de 5,8 milliards de F CFA au ministre de la Santé, c’est le sol de la région du Centre-Ouest qui est foulé pour galvaniser les forces combattantes engagées dans la lutte antiterroriste, à Lerou, Yinga, Gao et Koudougou. La boucle du 31 décembre hyper chargé sera bouclée, la nuit au rond-point des nations unies à Ouagadougou où le nouveau PM rencontre et encourage les acteurs de la veille citoyenne. Avec la marée humaine constituée des « Wayiyans » présente cette nuit-là sur les lieux, la mobilisation est au rendez-vous et l’initiative répond aux attentes des concernés. « C’est la rupture avec le Tambelus », commente un observateur averti de la scène politique.

A y regarder de près, le lexique utilisé lors des sorties au Burkina aura été invariable et empreint de patriotisme pour porter les estocades à l’ennemi terroriste et ses soutiens : reconnaissance, encouragement, solidarité, détermination, engagement, Burkina debout, drapeau, coup de grâce, victoire totale, maintien de la vigilance, résilience face aux intoxications, etc. « Vous n’êtes pas seuls. Votre travail est reconnu et salué », lance-t-il dans une démarche de proximité et d’excitation de la fierté et du sursaut d’orgueil des troupes. Une analyse des différentes allocutions prononcées révèle une véritable obsession à la libération du pays ; obsession contextuelle ou dictée par les urgences du moment.

Aujourd’hui, au regard de ce dynamisme du nouveau PM, ses propos tenus lors de son installation auront été indicateurs du nouvel élan qu’il entendait imprimer au sommet de l’Etat et prennent une résonnance particulière. « Je prends donc mes fonctions dans ce contexte difficile où il faut faire la guerre tout en actionnant sur les manettes du développement socioéconomique harmonieux (…). La tâche est immense (…). Nous devons intensifier les efforts sur tous les fronts pour montrer à la face du monde la résilience, l’attractivité de notre pays et la détermination de notre peuple à triompher du combat engagé contre les forces du mal et pour son indépendance véritable», avait-il déclaré à l’occasion.
Adama KABORÉ
Article publié dans le numéro 29 du 15 janvier au 14 février 2025 du journal La Nation en marche, dans la rubrique titrée L’homme du mois

