Ils auront incarné à des moments importants de leurs vies, l’espoir et la voix des sans-voix. Des figures révolutionnaires porteuses de rêves d’émancipation qui se sont battues, non pas pour elles-mêmes, mais pour leurs peuples et pour l’humanité. Leur engagement les a propulsés au-devant de la scène mondiale, mais c’est également cet engagement qui a mené à leur perte. Che Guevara, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi et Lucky Dube, bien que venant de sphères différentes, notamment politique, militaire ou artistique, avaient un dénominateur commun : leur combat visait à améliorer les conditions de vie des communautés. Cependant et ironie de l’histoire, leur rêve s’est brutalement arrêté, fauché en plein vol, en ce mois d’octobre fatidique.
Ernesto Che Guevara est sans doute la figure la plus emblématique du révolutionnaire moderne. Né dans une famille bourgeoise en Argentine, le Che aurait pu se contenter d’une vie confortable, mais il fut profondément marqué par les injustices sociales qu’il a observées lors de ses nombreux voyages à travers l’Amérique latine. Témoin direct de la pauvreté, des inégalités criardes et de la répression, il s’engagea dans une lutte sans merci pour renverser les régimes dictatoriaux au profit des populations opprimées. Son engagement révolutionnaire le mena d’abord à Cuba où, aux côtés de Fidel Castro, il contribua à la chute du régime de Batista en 1959. De là, sa popularité s’envola jusqu’à dépasser largement les frontières cubaines. Mais Guevara ne comptait pas s’arrêter là. Convaincu que la lutte révolutionnaire devait être exportée, il se lança dans de nouvelles aventures au Congo, puis en Bolivie. C’est là qu’il fut capturé par l’armée bolivienne, entraînée et soutenue par les États-Unis. Il sera exécuté le 9 octobre 1967. Avec lui, c’est une grande partie du rêve révolutionnaire latino-américain qui s’éteint. Cependant, sa mort ne fit que renforcer son aura si bien que le Che reste et demeure un symbole mondial de la lutte contre l’oppression.
Un autre révolutionnaire qui trouva une fin tragique en octobre est Thomas Sankara. Considéré comme le « Che africain », Sankara est l’une des figures politiques les plus marquantes de l’Afrique moderne. Lorsqu’il prit le pouvoir en 1983 au Burkina Faso, il entreprit des réformes radicales destinées à rompre avec la domination néocoloniale et à améliorer les conditions de vie des Burkinabè. Sa politique était axée sur la redistribution des terres, la nationalisation des ressources naturelles et la promotion de l’autosuffisance alimentaire. En quatre courtes années, Sankara transforma son pays. Son slogan « Consommons ce que nous produisons » était un son de cloche qui rimait avec un appel à la dignité et à l’émancipation du pays des hommes intègres et de l’Afrique tout entière. Malheureusement, cet engagement radical lui attira des ennemis tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Le 15 octobre 1987, Sankara est assassiné lors d’un coup d’État ayant porté au pouvoir son ami et collaborateur Blaise Compaoré. Sa mort crapuleuse mit fin à l’une des expériences politiques les plus progressistes du continent africain, mais son héritage (lire pages 7 et 8) tout comme celui du Che, reste vivant dans les mémoires. La jeunesse africaine le célèbre à jamais comme un « messie mal compris ».
Mouammar Kadhafi, le « Guide de la révolution libyenne », est aussi une grande figure mais plus controversée que Che Guevara et Sankara. Le paria de l’Occident comme on peut le surnommer, est arrivé au pouvoir en 1969, après avoir renversé la monarchie libyenne. Il établit un régime autoritaire basé sur sa propre interprétation du socialisme arabe. Sous son règne marqué pendant longtemps par une dictature, la Libye devient l’un des pays les plus prospères d’Afrique grâce à la nationalisation de ses richesses pétrolières. Kadhafi se distingua par des politiques sociales progressistes qui permettaient un accès gratuit à l’éducation et à la santé à tous les Libyens. Toutefois, sa politique étrangère et son soutien aux mouvements révolutionnaires à travers le monde en firent une cible privilégiée des puissances occidentales. Le point de non-retour fut atteint en 2011, lorsque dans le cadre du printemps arabe, une révolte éclata en Libye. L’OTAN, sous l’impulsion de la France et des États-Unis, intervint sous prétexte de protéger les civils, mais l’intervention dépassa de loin le mandat de la résolution de l’ONU. Kadhafi fut traqué, capturé et assassiné le 20 octobre 2011, mettant fin à plus de quarante ans de règne sans partage.
Par sa musique, Lucky Dube dénonçait les mêmes injustices qui poussaient des leaders comme le Che ou Sankara à la révolte
Enfin, bien que Lucky Dube n’ait pas été un révolutionnaire politique comme les autres, son influence en Afrique ne fut pas moins importante. Ce reggae maker, originaire des quartiers pauvres de Johannesburg, a utilisé sa musique comme un instrument pour dénoncer les injustices de l’apartheid et les conditions de vie déplorables des populations noires en Afrique du Sud. Sa voix, son message de paix et de réconciliation dans une Afrique du Sud en proie à la violence transcendaient les frontières et inspiraient des millions de personnes à travers le monde.
Contrairement aux autres, Lucky Dube n’a pas été tué dans une lutte politique ou militaire, mais lors d’un braquage le 18 octobre 2007. Ce, au moment où il préparait un projet en faveur des orphelins du génocide du Rwanda. Son assassinat fut un choc pour ses fans et pour la communauté internationale qui voyait en lui un symbole de paix et de résistance contre les violences systémiques. Par sa musique, Lucky Dube dénonçait les mêmes injustices qui poussaient des leaders comme le Che ou Sankara à la révolte. Bien que sa mort ait mis un terme à une carrière musicale brillante, son message, lui, continue de passer la rampe. Adieu les grands symboles de la lutte pour la libération de l’Afrique et du monde entier !
Ousséni OUEDRAOGO

