Délestages intempestifs au Burkina : « L’idéal serait que les industriels puissent produire pendant qu’on a aussi la production solaire dans la journée », Dr Daniel Yamegueu, enseignant-chercheur en génie énergétique à 2IE

La canicule bat son plein au Burkina depuis un moment. Cette période est généralement propice aux délestages intempestifs et cette année 2024 ne déroge pas à la tradition. L’occasion faisant le larron, nous avons tendu notre micro à un spécialiste des questions énergétiques, notamment Dr Daniel Yamegueu, enseignant-chercheur à 2IE, pour en comprendre davantage. Lisez !

La Nation en marche : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Dr Daniel Yamegueu : Je suis Dr Daniel Yamegueu, enseignant-chercheur en génie énergétique avec une spécialité en photovoltaïque et puis système énergétique hybride. Je suis enseignant chercheur à 2iE depuis plus d’une dizaine d’années. J’ai été de par le passé, responsable du laboratoire énergie solaire et économie d’énergie et depuis quatre ans maintenant, je suis responsable du service de gestion et de valorisation des connaissances scientifiques à l’institut 2iE.

Qu’entend-on par énergie renouvelable et quels en sont les différents types ?

Une énergie renouvelable, c’est une énergie qui, comme son nom l’indique, est à priori  inépuisable à l’échelle humaine. En d’autres termes, ce sont des énergies provenant de sources naturelles qui se renouvellent à un rythme supérieur à celui de leur consommation. On peut citer le soleil, le vent et la biomasse. En termes de potentiel, l’énergie solaire est la principale ressource d’énergie renouvelable que nous avons au Burkina. Le potentiel éolien au Burkina et dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, n’est pas important. Quant à la biomasse, elle constitue la principale ressource énergétique utilisée notamment pour la cuisson en zone rurale. Elle peut aussi être utilisée pour la production de biocarburant, c’est le cas du jatropha, qui est une plante oléagineuse très répandue en Afrique de l’ouest. Il y a d’autres dérivés aussi ; donc avec de l’huile, on peut faire du savon. La société Belwet par exemple du Larlé Naaba utilise l’huile du jatropha dans la plupart de sa production. Comme énergie renouvelable, il y a aussi l’hydroélectricité, mais disons l’hydroélectricité à petite échelle, parce que quand on passe à grande échelle, l’impact des centrales hydroélectriques sur l’écosystème est tel que souvent, on peut se poser la question quant à leur durabilité. Mais là, c’est vraiment en termes d’impact sur l’environnement. Mais si l’on se focalise sur l’eau qui est la ressource utilisée pour faire de l’hydroélectricité, cette technologie peut être considérée aussi comme une énergie renouvelable.

Dans le contexte burkinabè, lequel de ces types d’énergie serait-il le plus adapté ?

Le solaire. J’ai commencé par là. Et bien sûr, nous avons aussi des centrales hydroélectriques. Une politique de l’état du Burkina en faveur du solaire photovoltaïque (PV) a permis l’installation ces dernières années de plusieurs centrales photovoltaïques connectées au réseau national du Burkina. Il s’agit des centrales photovoltaïques de Zagtouli (33 MWc), Ziga (1 MWc) exploitées par la SONABEL et aussi des centrales photovoltaïques de Kodeni, Zano, Pa et Nagreogo exploitées par des Producteurs indépendants d’électricité (PIE), et totalisant une puissance  de 122 MWc. On a beaucoup d’autres projets de centrales solaires qui sont en cours et à des stades de développement très avancés.

S’agissant des centrales hydroélectriques, on a les centrales de Bagré, Kompienga, Tourni, Niofila et Samendeni avec une puissance totale installée est de 34 MW; Il y a bien sûr  les centrales thermiques qui sont les plus anciennes, les premières ayant été installées dans les années 1970, avec une puissance totale installée de près de 365 MW…

Mais, on peut dire que le Burkina n’est pas bien doté en ressources en eau pour espérer suffisamment des centrales hydroélectriques…

Une centrale hydroélectrique, c’est d’abord un barrage. Donc on fait le barrage qui va  stocker de l’eau. Ça peut être sur un fleuve comme c’est le cas de Bagré qui est sur le Nakambé.  Pendant l’hivernage, les eaux de pluies permettent d’avoir un volume d’eau plus important au niveau du barrage. Par contre en saison sèche, on a des difficultés à faire fonctionner la centrale de façon optimale du fait d’un faible volume d’eau stocké au niveau du barrage. Il peut arriver qu’on arrête le fonctionnement de la centrale si la réserve d’eau au niveau du barrage n’atteint pas un minimum requis.

« Si on prend le cas de l’énergie solaire, il faut dire que pendant le fonctionnement, il n’y a presque pas d’impacts négatifs sur l’environnement. D’ailleurs, c’est pourquoi on parle d’énergie propre », affirme l’interviewé

De façon générale, quels sont les impacts négatifs sur la santé humaine, animale et aussi même sur l’environnement en lien avec ce recours aux énergies renouvelables ?

Si on prend le cas de l’énergie solaire, il faut dire que pendant le fonctionnement, il n’y a presque pas d’impacts négatifs sur l’environnement. D’ailleurs, c’est pourquoi on parle d’énergie propre. Cette expression est aussi utilisée pour dire que c’est des énergies respectueuses de l’environnement. Mais, je précise encore que c’est pendant le fonctionnement parce que si on regarde toute la chaîne de production, on dira que les panneaux solaires comme les autres composantes sont produits à partir des énergies pas forcément renouvelables.

Notamment des énergies fossiles alors ?

Vous voyez bien ce que je veux dire. La plupart des composants des centrales photovoltaïques que nous avons aujourd’hui, viennent de l’Asie notamment de la Chine. Et quand on fait le bilan du système énergétique de la Chine, ce n’est pas les énergies renouvelables qui sont en tête. C’est beaucoup de centrales thermiques. Vous voyez ! Si on entre dans ce qu’on appelle l’analyse du cycle de vie (ACV) en réalité, on verra que les énergies renouvelables n’ont pas un impact toujours positif sur l’environnement. Mais comme je l’ai dit, pendant le fonctionnement d’une centrale solaire, il n’y a presque pas d’impacts négatifs sur l’écosystème. L’un des atouts des centrales solaires est qu’elles n’émettent aucun bruit pendant leur fonctionnement : la centrale est silencieuse. Par contre, quand vous passez à Paspanga (Ouaga 1) ou à Ouaga 2 à Gounghin, vous vous demandez comment les populations riveraines font pour vivre, pour dormir pendant la nuit. Aussi, il y a le problème de la gestion des déchets de combustibles utilisés dans les centrales thermiques; celles-ci fonctionnent aux produits pétroliers tels que le DDO et le HFO, pour utiliser les termes techniques.

Encore du fossile ?

Oui, du fossile. Au niveau de la Sonabel, dans le cadre de nos enseignements,  on va en sortie souvent avec les étudiants. Quand on échange avec nos collègues, l’une des principales questions qui revient régulièrement, c’est comment on gère les déchets des combustibles. Mais je pense que la Sonabel a des accords avec une société de la place dont le nom m’échappe, pour la gestion de ces déchets. Malgré tout, c’est un problème comparativement au solaire où vous n’avez pas du bruit et ce type de déchets à gérer. Par contre,  dans le  solaire, un point sur lequel il faut faire attention, c’est la gestion des composants en fin de vie parce qu’une centrale solaire, c’est autour de 25 ans de vie en moyenne. Et comme je le disais tantôt, on n’a pas mal de projets en cours au Burkina. Zagtouli par exemple, c’est des dizaines d’hectares de modules solaires. On a des nouveaux projets avec  du stockage dans les batteries. On va y revenir parce qu’une centrale solaire, c’est quand il y a du soleil qu’elle va produire de l’énergie. Pendant la journée, elle produit pour injecter sur le réseau. C’est pourquoi très souvent, la population ne comprend pas qu’on parle de projets solaires et on continue d’avoir des délestages. Parce que la centrale va produire quand il y a du soleil dans la journée, et dans la nuit, on revient au système normal uniquement avec les groupes électrogènes et les centrales hydroélectrique. Ce qui peut expliquer que souvent dans la nuit, en tous cas dans certaines zones, les coupures peuvent être fréquentes. Pour revenir aux composants sus-cités, en fin de vie, aujourd’hui la question qui se pose, c’est comment on fait pour gérer les déchets des centrales photovoltaïques en fin de vie, après 20 ou 25 ans. C’est une question qui, aujourd’hui, n’est pas encore bien encadrée, n’est pas résolue. En tant que centre de recherche, on essaie d’y travailler. On a d’ailleurs une thèse qui a soutenu sur la question de la gestion des déchets des centrales photovoltaïques il y a quelques mois (thèse de Badza Kodami sur le thème « Analyse du cycle de vie des centrales photovoltaïques dans le contexte des pays en voie de développement : cas du Burkina Faso ». Il faut une analyse du cycle de vie des centrales, parce que pour faire une analyse rigoureuse, on ne peut pas se limiter uniquement à la période de fonctionnement des centrales. Il faut chercher à savoir ce qui a été mobilisé avant pour produire tous les composants ; il faut voir pendant le fonctionnement et surtout voir après, comment on gère les déchets.

Un autre impact à souligner et en lien avec le solaire, c’est la question du foncier. Je parlais de la centrale solaire de Zagtouli qui occupe plus de 40 hectares de superficie de terre. Il y a donc la question du foncier qui est ainsi posée dans un pays où c’est l’agriculture qui est le premier maillon de l’économie. Peut-être qu’aujourd’hui, on se dit qu’on a encore assez de terres mais à long terme, comment compte-t-on gérer cette question ? De plus en plus, on parle d’agrivoltaïque qui est un concept qui consiste à combiner la production d’énergie et d’agriculture sur un même espace. On a d’ailleurs une thèse aussi là-dessus actuellement au niveau de l’institut 2iE. C’est-à-dire que dans l’installation des centrales, on va déjà anticiper sur le lien avec l’agriculture. Et donc on se dit qu’au lieu de faire des supports de faible hauteur, on va essayer d’augmenter la hauteur des supports de sorte à avoir en-dessous des modules solaires de l’espace qu’on peut exploiter pour faire de l’agriculture. On peut imaginer la culture des arachides ou bien du haricot, etc.

« Il peut y avoir d’autres solutions, c’est le stockage d’énergie dans les batteries »

Et quels impacts renferme le cas de l’hydroélectrique et aussi du nucléaire ?

Il y a de l’impact sur l’environnement parce que quand vous faites un barrage, c’est des superficies de terres que vous allez inonder en réalité. Pour le cas de l’hydro aussi, c’est la question des terres cultivables qui se pose. C’est pour cela que je disais qu’au-delà de  certaines puissances, se pose même la question de savoir si l’hydro est finalement renouvelable si on regarde les impacts des centrales sur l’écosystème. Au niveau du nucléaire, la question principale, c’est la gestion des déchets nucléaires en fin de vie. Des pays comme la France et autres pays occidentaux font face aujourd’hui à la question. Ce sont des déchets radioactifs en réalité. Aujourd’hui, la solution qu’ils ont trouvée, c’est de les enfouir à des  profondeurs dans le sol. Mais est-ce une solution durable ? Quand vous enfouissez des déchets à 50-100 mètres dans le sol, ça peut créer d’autres soucis, surtout si on revient dans notre contexte où l’eau souterraine est un trésor. Il peut donc y avoir des questions de contamination qui affectent la qualité de l’eau. Donc il y a tous ces aspects à prendre en compte.

Quelle est la durée du cycle de vie d’une centrale nucléaire ?

Les centrales que la France a démantelées dernièrement, c’est une cinquantaine d’années. Elles peuvent faire 40 à 50 ans.

Souvent, on entend parler de mix énergétique. À quoi renvoie cette expression ?

Le mix énergétique, c’est le fait d’associer plusieurs ressources énergétiques pour satisfaire les besoins de la population. Dans le cas du Burkina, on peut dire qu’on a aujourd’hui un mix énergétique composé de centrales thermiques, des centrales hydroélectriques et de solaire photovoltaïque. Toutes ces centrales raccordées au réseau national interconnecté.

Dans notre contexte actuel avec les délestages intempestifs, il se pose la question de savoir quelle peut être la plus-value du recours aux énergies renouvelables quand on sait que cela n’a pas commencé aujourd’hui et malgré tout, on assiste à des délestages. Quelle est finalement l’efficacité dudit recours ?

Le problème n’est pas l’efficacité. On a la ressource solaire qui est là pour prendre le cas du solaire qui est la ressource principale au Burkina. On a la ressource qui est abondante, donc il faut qu’on l’exploite. D’ailleurs je pense que la SONABEL aujourd’hui est dans une dynamique d’inciter les industriels à beaucoup plus produire pendant la journée parce que c’est pendant la journée, qu’on a le soleil. Aussi, avec les nouvelles centrales solaires qui sont construites, c’est pendant la journée qu’elles vont produire. Donc l’idéal serait que les industriels, parce que c’est eux les gros consommateurs, puissent produire pendant qu’on a aussi la production solaire dans la journée. Il y a d’ailleurs une nouvelle grille tarifaire de la SONABEL qui prend en compte ces éléments. Mais il peut y avoir d’autres solutions, c’est le stockage d’énergie dans les batteries. Il est vrai qu’on peut estimer que ça coûte cher parce qu’il y a la question de la durée de vie des batteries. Dans un passé récent, on avait des batteries de type plomb qui avaient une durée de vie limitée, 5 ans maximum. Mais on a de plus en plus aujourd’hui la technologie lithium qui est une nouvelle technologie qui en termes de durée de vie, est beaucoup plus intéressante : une dizaine voire un peu plus, en tout cas si c’est bien entretenu. Et  il y a d’ailleurs de nouveaux projets dans ce sens : le projet YELEEN sur le site Ouaga Nord-Ouest qui prévoit l’installation d’un système de stockage d’énergie par batteries Lithium de 10 MW. L’avantage de stocker dans les batteries, c’est que les batteries offrent plusieurs services au réseau. Il y a d’abord le service de stabiliser la production parce que quand on prend la centrale solaire, celle-ci est par nature intermittente ; s’il y a du nuage, ça fait fluctuer la production. Donc les batteries ont l’avantage de stabiliser la production. Mais aussi quand il n’y a pas carrément de soleil dans une journée ou dans le nuit par exemple, elles peuvent venir en contribution au réseau comme élément de production pour satisfaire les besoins. Il y a des projets en termes de développement vraiment très avancés dans ce sens au niveau du Burkina. D’ici une ou deux année (s), on aura les systèmes stockage dans les batteries au Burkina.

Est-ce que les industriels sont réceptifs à cette perspective d’utiliser beaucoup plus le solaire la journée pour leur production ?

Je pense qu’ils comprennent. Je pense qu’ils sont réceptifs et d’ailleurs, la plupart d’entre eux ont leurs systèmes qu’on appelle de backups pour leurs propres productions. Très souvent, ils utilisent des groupes électrogènes diesel qu’ils utilisent pour parer aux coupures de la SONABEL. Et d’ailleurs, nous avons eu à travailler avec Essakane qui est un industriel dans le domaine des mines, dans le cadre d’une thèse de Doctorat qui a été déjà soutenue, pour optimiser le fonctionnement de leur système autonome de production d’énergie qui est un mix de thermique et de solaire photovoltaïque. Dans le cadre de cette thèse, il fallait notamment étudier l’impact du solaire photovoltaïque sur la stabilité de leur réseau électrique.

Comment comprenez-vous aujourd’hui les fréquents délestages auxquels on assiste ?

Cela peut s’expliquer à plusieurs niveaux. Il y a la croissance démographique qui va en même temps avec les besoins en termes d’énergie qui grandissent aussi. Mais en réalité on a une demande qui va plus vite que l’offre. En gros, pour se résumer, c’est une question de la demande et l’offre. On a une demande qui s’est accrue beaucoup plus vite que l’offre. L’État ou la SONABEL en particulier, n’a pas pu suivre le rythme de la demande. Quand je dis qu’ils n’ont pas pu suivre, ce n’est pas qu’ils n’ont pas la volonté de satisfaire aux besoins de la population. Il y a plusieurs paramètres qu’il faut prendre en compte. Il faut de l’investissement pour pouvoir installer de nouvelles centrales. On parlait des centrales de Ouaga 2 (Gounghin) par exemple, avec des groupes électrogènes qui datent de 1978-79. D’ailleurs je pense qu’au moins, la moitié de ces groupes est déclassée aujourd’hui. Si on prend la centrale de  Paspanga, Ouaga 1, je pense qu’ils ont eu à changer certains groupes récemment aussi. Disons-le, le système énergétique est vétuste pour prendre le cas des centrales thermiques. Je pense d’ailleurs que le Directeur général de la SONABEL l’a reconnu récemment. Donc, c’est la triste réalité. L’État est conscient de ce fait. Il fait des efforts pour pouvoir combler ce déficit, mais dans la limite aussi des moyens disponibles. La politique développée ces derniers temps était plus axée sur les centrales solaires connectées au réseau. Il y a de nouveaux projets avec des systèmes de stockage et je pense que les projets de stockage qui sont vraiment des projets intéressants, une fois implémentés, vont aider les populations à faire face aux délestages surtout en période nocturne quand on n’a pas de soleil. Un autre point aussi par rapport aux délestages, n’oubliez pas qu’on a des interconnexions avec des  pays voisins notamment la Côte d’Ivoire et le Ghana avec des contrats en principe qui fixent un certain seuil de puissance qu’on devrait recevoir de ces pays. Il se trouve, vous avez bien suivi le communiqué de la SONABEL faisant état d’un incident majeur qu’on a eu avec le Ghana, en mars dernier qui fait qu’on n’arrive pas à recevoir les mégawatts prévus. Il convient de préciser que le Ghana nous envoyait jusque-là autour de 150 mégawatts. C’est quand même un gros manque pour un pays comme le Burkina quand on sait qu’avec les centrales installées (thermique, hydro et solaire), en tout, on est autour de 400 mégawatts.

Certes, il faut des investissements. Il faut cependant noter que ce n’est pas pourtant faute de budget. Selon nos confrères de Sirainfo qui ont relayé le contenu du rapport de l’ASCE-LC, il ressort que de 2018 à 2020, la SONABEL n’a pas pu épuiser son budget d’investissement et n’a pu dépasser la barre de 50% qu’une seule fois. Comment cela s’explique-t-il ?

Je ne saurais pas répondre à la place des responsables de la SONABEL. Mais il faut dire qu’un projet d’énergie, c’est tout un processus : il y a des études parce qu’il faut mâturer vraiment la phase d’étude, il y a la phase d’implémentation par exemple. Aussi, la plupart des projets notamment les centrales solaires c’est avec les partenaires au développement. Donc vous avez certaines centrales qui sont financées par l’AFD, il y a d’autres partenaires qui financent des centrales. Je ne sais pas comment la SONABEL fonctionne, donc je ne sais pas si ces projets sont inscrits dans le budget de la SONABEL. Mais ça m’étonnerait qu’il y ait un budget disponible et qu’on n’arrive pas à le consommer pour résoudre les besoins qui sont énormes. C’est un peu complexe ! Rires…

« Il faut qu’on travaille à aller au développement et on ne peut véritablement se développer si on n’a pas accès à l’énergie »

À la suite du coup d’État de Damiba, le 22 janvier 2022, le millénium challenge account a été annulé. C’était quelque chose de 275 milliards de F CFA qui devait être investi pour renforcer le volet électricité au Burkina. Est-ce qu’on ne subit pas finalement les contrecoups de l’annulation de ce projet ?

Oui ! Certainement. En effet, quand on décide d’implémenter un projet, c’est parce qu’en amont, on avait identifié des besoins qu’il fallait résoudre. Mais il y a des risques dans un projet qui sont de plusieurs ordres. Évidemment on souhaite que le projet quand il démarre qu’il puisse aller normalement jusqu’à la fin. Mais après il y a des risques qui peuvent surgir malheureusement au grand dam de la population.

Peut-on envisager qu’à long terme, le recours aux énergies renouvelables puisse vraiment mettre fin à la dépendance énergétique du Burkina vis-à-vis de ses voisins ?

On peut l’envisager. Mais on a parlé de mix-énergétique. On peut donc l’envisager dans une option toujours de mix-énergétique, c’est-à-dire qu’on a déjà des centrales thermiques dont certaines sont vétustes. Il faut changer les groupes électrogènes par des groupes beaucoup plus neufs et performants. Parce qu’en réalité, plus un groupe vieilli, plus il va perdre en efficacité, c’est-à-dire en rendement. Et lorsqu’il perd en rendement, ça veut dire que vous consommez beaucoup plus de carburant pour produire de l’énergie. Une centrale qui vieillit, ça veut dire qu’à la fin, vous allez produire de l’énergie à un coût beaucoup plus élevé. Donc en termes de rentabilité aussi, ça peut poser problème par rapport au fonctionnement de la SONABEL. Il faut aller vers la rénovation du parc de production. Il faut installer de nouvelles centrales solaires. Il y a beaucoup de projets dans ce sens et il faut aller aussi vers les projets de stockage dont on en a parlé. Pour l’interconnexion avec les autres pays, disons qu’on ne peut pas vivre en vase clos. Les projets d’interconnexion, c’est des projets de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) où il y a beaucoup de fonds qui ont été investis. D’ailleurs, 2iE a eu à participer en tant que centre de recherche à la formation d’une centaine d’experts de la CEDEAO sur les centrales solaires photovoltaïques, notamment comment gérer ces dernières qui seront connectées au réseau. Mais en tant que technicien, si vous voulez mon souhait, ce serait que l’interconnexion qui est vraiment un projet qui ne date pas d’aujourd’hui et qui a été mûri par la CEDEAO, demeure. Quand vous prenez l’Afrique, vraiment la CEDEAO à travers son bras énergétique dénommé WAPP (West African Power Pool), sert d’exemple pour les autres pools énergétiques en Afrique, notamment avec beaucoup d’efforts faits sur le système énergétique ouest-africain dont des projets d’interconnexion avec le renforcement des lignes électriques. Et quand on parle d’interconnexion, il faut d’abord que les lignes électriques de haute tension soient renforcées pour que cette interconnexion puisse avoir lieu. La CEDEAO a beaucoup travaillé dans ce sens. Si on reste sur le point technique, ce serait dommage qu’on ne puisse pas continuer dans ce sens. Là vraiment, je parle de la technique. Peut-être qu’il y a d’autres éléments qui sont au-dessus de nous.

Qu’avez-vous à dire sur le comportement éco-citoyen des populations pour une question  d’efficacité énergétique.

Effectivement, c’est un volet qui est très important. Le ministère de l’Energie a fait beaucoup  d’efforts dans le sens de sensibiliser la population. Bon ! Le message ne passe pas à la vitesse qu’on aurait souhaitée, mais je pense que de plus en plus, les gens comprennent la nécessité de la question et surtout avec les délestages qui sont fréquents, les gens font attention maintenant. Je suis persuadé que quand on sort de la maison les matins maintenant, on fait attention aux ampoules : est-ce qu’on a bien éteint ? Est-ce qu’on a arrêté les climatiseurs ? De plus en plus, on comprend la nécessité de mieux gérer l’énergie. Progressivement, je pense que les gens le comprennent et ils intègrent ces pratiques, ces comportements.

Quel est votre dernier mot ?

En tant qu’enseignant-chercheur, on essaie de contribuer au quotidien à notre façon à travers la formation sur ces questions, des ingénieurs, des doctorants et même des professionnels à travers les formations continues pour le renforcement de leurs capacités. On essaie aussi d’apporter notre contribution dans les projets de développement.  Par exemple à 2iE, on a eu à installer des centrales solaires aussi hybrides. D’ailleurs, on parlait de mix énergétique. On a installé à Bilgo, vers Pabré, une centrale depuis 2016 avec la SONABEL qui était un  partenaire de mise en œuvre, ce dans un village où le réseau de la SONABEL n’arrivait pas. Là-bas on a pu installer un système hybride. 2iE était coordinateur du projet avec un financement de l’Union européenne. On a fait la même chose au niveau du Mali dans un village qui s’appelle Sibi. Mon dernier mot, c’est qu’on puisse rapidement traverser cette période difficile de délestages, et de façon durable. La SONABEL est consciente de ce défi et y travaille.  Nous avons très modestement donné quelques pistes de solutions pour remédier à cette situation dans cette interview. Il faut qu’on travaille à aller au développement et on ne peut véritablement se développer si on n’a pas accès à l’énergie.

Interview réalisée par Adama KABORE et publiée dans le support physique du journal La Nation en marche, dans sa parution du 15 avril 2024

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