Plus qu’un ouf de soulagement, c’est la fête dans la province de la Tapoa ! Ce, grâce au ravitaillement des populations en vivres effectué le 10 janvier 2024. Pour cause, des denrées alimentaires commençaient à manquer cruellement au point que la cherté de prix de celles-ci était devenue hors de portée pour les populations. Si l’euphorie était à son paroxysme à Kantchari et à Diapaga (chef-lieu de la province) lors du ravitaillement, force est de reconnaître que la menace terroriste demeure dans la province. Et les autorités mettent les bouchées doubles pour faire face à la situation.
L’hystérie était à son zénith à Diapaga ! Drapeau national brandi, des cris de joie, une haie humaine d’honneur pour saluer l’arrivée du convoi de ravitaillement… Des pas de danse au rythme des instruments de musique de terroir. Femmes, jeunes et vieillards parfois au torse nu trémoussent pour donner libre cours à leur joie… Concrétisation du cri du cœur maintes fois exprimé par les populations et symbole de la délivrance d’une longue attente et d’une détresse, la scène de liesse illustre tout l’espoir de survie que représente le ravitaillement dans une localité où arriver à se procurer certains biens relevait de la gageure ; véritable corollaire du terrorisme ayant empêché notamment l’emprunt des routes pour les échanges économiques entre les 8 différentes communes de la province et le reste du Burkina et du monde. Conséquence : une pénurie de certaines denrées alimentaires dont les prix devenaient prohibitifs, donc pas à la portée de tous. Selon nos sources locales, après l’avant-dernier ravitaillement par voie aérienne qui remonterait à fin août 2023, il fallait débourser à Diapaga 2 000 à 3 000F pour pouvoir s’adjuger le kg de sucre, au moins 2 000F pour le litre d’essence, 2 300F le litre d’huile par endroits, 1 000F pour le sel de 100F, etc. « La pâte de tomate autrefois vendue à 500F était à 2 000F. Tous ces produits étaient devenus rares à trouver », ajoutent nos sources selon lesquelles, les céréales ne seraient pas touchées par la pénurie.

La joie des habitants de Diapaga est d’autant plus légitime que grâce au ravitaillement, les prix ont commencé à chuter sur le marché et sont désormais à la bourse du citoyen lambda. Ainsi, selon ce qui nous est rapporté, le kg de sucre est désormais disponible à 800F, le litre d’huile à 1 200F, etc. « A travers le ravitaillement, nous avons aussi eu de l’essence et sommes certain que le prix de celle-ci va aussi baisser. Bref, nous sommes content », se réjouit une source locale qui salue de passage, « l’élan de solidarité des structures humanitaires qui ont profité du convoi de ravitaillement pour apporter des vivres et des vêtements pour les déplacés internes ». C’est dire la bouée de sauvetage que représente le ravitaillement des populations en vivres. Seul bémol, il ressort que certains commerçants n’appliquent toujours pas les prix convenus sur une trentaine de produits, lors d’une rencontre tenue le 23 décembre. Conséquence : les forces vives de la Tapoa ont dû pondre un communiqué datant du 13 janvier dernier pour sommer les intéressés au respect des prix convenus.
Une énième victoire d’étape des forces combattantes
Si c’est la fête à Kantchari et Diapaga – deux des 8 communes de la province, les moins touchées par le terrorisme –, il en va autrement dans les 6 autres communes de la Tapoa. « Dans la commune de Partiaga, c’est le comble. Les boutiques du marché ont fermé », affirment nos sources. Du côté de Namounou, il est loin ces années lumières où la commune connue comme le poumon économique de la province était une destination privilégiée des commerçants. « La Tapoa agonise », avaient signifié les forces vives de la Tapoa, le 1er mars 2023 au terme d’une marche-meeting consécutive au drame de Partiaga. Qualifiant la situation dans leur lettre ouverte adressée le 21 novembre 2023, au président de la transition, Ibrahim Traoré, et annonçant une journée ville morte à Diapaga, les forces vives de la Tapoa avaient laissé entendre que « nous sommes confrontés à une réalité terriblement alarmante » et sollicitent « d’agir sans attendre » à travers « des mesures efficaces ». Ainsi, le drame de Partiaga, la situation des élèves et d’une partie du corps enseignant bloqués à Fada lors de la rentrée scolaire 2023-2024 avant d’être héliportés pour le retour à Diapaga, quelques semaines après ladite rentrée ; la situation des élèves n’ayant pas pu se rendre à Fada pour participer aux concours de la fonction publique session 2023, etc., trouvaient écho dans cette lettre.

Depuis quelque temps, l’heure semble être aux signaux annonciateurs de l’amorce du retour progressif de l’embellie qui est en ligne de mire. A commencer par la neutralisation de l’influent chef terroriste Oumarou Dicko par les Forces de défense et de sécurité (FDS) ; véritable fait d’armes des FDS qui apporte du baume au cœur des populations qui espèrent à travers ce trophée, la réduction des capacités de nuisance de l’ennemi. A cela s’ajoute la nomination d’un fils de la région, en l’occurrence Boalidioa Tankoano, comme chargé de missions du président de la transition pour le compte de ladite région et dont on espère que les missions vont huiler la machine offensive et répressive du président contre les terroristes dans la région. Moralement et symboliquement, cette nomination réconforte les ressortissants de la région. Il en va de même de la création d’une base aérienne de proximité basée à Fada pour plus de promptitude dans les actions contre les terroristes et celle d’un bataillon d’intervention rapide basé à Kantchari. Reste à attendre davantage les fruits de ces mesures. Sans oublier le transport par voie aérienne de plus d’une centaine de bacheliers et d’élèves admis au BEP depuis Diapaga en direction de Fada pour la suite des études, l’interpellation d’innombrables suspects en fin novembre dans les zones de Fada, frontalière à la Tapoa, la reconquête de Partiaga, la destruction de bases terroristes vers Tialboanga, la neutralisation de terroristes près de Kantchari, etc. Alors, le ravitaillement de Diapaga après Kantchari vient s’inscrire dans une série d’actions enchanteresses pour la Tapoa qui sort ainsi en partie du bourbier terroriste. D’où la danse de la demi-victoire tout en retenant toujours le souffle ; le défi sécuritaire demeurant dans la province, avec notamment l’injonction terroriste faite aux populations de Boudiéri de déguerpir.

Les filles et fils de la région sont interpellés
L’euphorie à Kantchari et Diapaga n’est pas sans rappeler celle de Arbinda où dans l’attente des vivres, les populations avaient fini par piller le 30 novembre 2022, les magasins de la SONAGESS avant de fêter le ravitaillement en vivres grâce aux efforts des FDS et des volontaires pour la défense de la patrie. Tout comme à Arbinda, Sollé, Titao et autres localités, le ravitaillement des populations d’une partie de la Tapoa en vivres constitue est une énième grande victoire d’étape des forces combattantes qu’il convient de saluer, en attendant la libération complète des zones sous emprise terroriste. Lesquelles forces ont dû parcourir, selon ce qui nous est revenu, les 210 km séparant Fada de Diapaga en 21 jours dont 2 jours pour la distance Kantchari-Diapaga de 58 km bitumés à la fin de la décennie 2010 au grand dam des terroristes.

C’est dire l’épreuve que furent les obstacles surmontés, notamment les embuscades terroristes et les explosifs à déjouer… C’est dire aussi toute l’urgence de reprendre du poil de la bête terroriste dans le secteur routier dans une province où beaucoup de travaux routiers ont été suspendus depuis longtemps : Kantchari-Botou, Diapaga-Namounou, Namounou-Logobou et Kantchari-frontière du Niger. Sans oublier la destruction d’ouvrages de franchissement (ponts) et la résiliation du contrat de bitumage du tronçon Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin sous le régime Kaboré. Conscient de l’ampleur de l’impact du terrorisme sur le secteur dans l’ensemble de la région Est dont relève la Tapoa, le régime de la transition a décidé de consacrer pour cette année 2024, selon le ministre des Infrastructures, Adama Luc Sorgho, 40% du budget du département à ladite région. Les filles et fils de la région sont donc interpellés à s’impliquer davantage dans la bataille antiterroriste pour accompagner la volonté gouvernementale d’en finir avec l’hydre. A ce propos, la conférence de presse des jeunes de la Tapoa tenue le 22 octobre 2021 à Ouaga et à travers laquelle ils s’engageaient à aller au charbon contre la bête immonde, avait laissé planer une grande lueur d’espoir qui s’est vite dissipée à l’image des effets probants de l’opération Otapuanu de 2019 dont le service après-vente n’avait pas été assuré.
Adama KABORE
Article paru dans le numéro 17 du journal La Nation en marche du 16 janvier au 14 février 2024.
NB : Au moment de la parution de l’article, le convoi de ravitaillement effectuait son arrivée dans la commune de Partiaga, puis à Boungou; des localités aussi ravitaillées au grand bonheur des populations.

